Sur le bout de la langue S03·E05

On parle de Sofia Coppola, d’Arsenal, des mots interdits ou ceux qu’on ne prononce plus, de TOHMO et du slogan « Bismillah, c’est les ténèbres ».

- Édito -

Bonjour à tous.tes !

Ce mois-ci, les mots se font entendre autant par ce qu’ils disent que par ce qu’ils taisent. Petit tour d’horizon de ce qui a retenu notre attention.

- Tout nouveau, tout frais -

Deux marques, un nouveau nom : TOHMO ⚡️

Après leur rapprochement, Zeplug et ChargeGuru cherchaient un nom capable d’incarner une même ambition : devenir un acteur européen incontournable de la recharge électrique.

Nous avons imaginé TOHMO, un nom qui rapproche la technologie du quotidien. Inspiré de tomo, « ami » en japonais, il raconte un compagnon fiable qui rend l’énergie plus simple et accessible. En son cœur se glisse aussi l’ohm, clin d’œil discret à l’univers électrique.

Un nom court et chaleureux, et une nouvelle marque pour mettre l’énergie en mouvement.

- Langue vivante -

« Bismillah, c’est les ténèbres » : du langage raté au cri de ralliement 🪧

Stephane Mahe/ReutersStephane Mahe/Reuters

Depuis quelques semaines, une formule absurde fleurit sur les pancartes des manifestations lycéennes :
« Bismillah, c’est les ténèbres ». Bismillah signifie littéralement « au nom de Dieu » en arabe, une formule prononcée avant de commencer quelque chose. Quant aux « ténèbres »… personne ne sait vraiment ce qu’elles font là. Mises bout à bout, les deux expressions nous plongent donc surtout dans l’obscurité sémantique. Et c’est précisément ce non-sens qui a fait leur succès.

À l’origine, une capture d’écran Snapchat attribuée par des lycéens à un policier qui aurait tenté d’infiltrer leurs groupes de mobilisation. Pour se faire passer pour l’un d’eux, son auteur accumule les signes supposés du « parler jeune » : argot, familiarité… L’origine policière de ces messages n’a cependant pas été établie de manière indépendante. Mais qu’importe presque pour comprendre le phénomène : le langage sonne si faux aux yeux des lycéens qu’il devient instantanément matière à parodie.

Reprise sur TikTok, brandie en manifestation, détournée jusqu’à devenir un cri de ralliement, l’expression retourne ainsi la caricature contre celui qui l’a produite. « Bismillah, c’est les ténèbres » devient un mot de passe générationnel : si vous comprenez pourquoi c’est drôle, c’est que vous avez la ref. Une belle démonstration de langue vivante : les mots ne tirent pas seulement leur sens du dictionnaire, mais de ceux qui les emploient, des codes qu’ils partagent et du contexte qui les fait circuler.

- Coup de foudre -

Marie-Antoinette revient à Versailles, version Sofia Coppola 🏰

Vingt ans après avoir troqué la fresque historique contre une bande-son rock, des Converse et des montagnes de pâtisseries pastel, Marie-Antoinette revient là où tout a commencé. Jusqu’au 24 janvier, le Petit Trianon célèbre le film culte de Sofia Coppola à travers une exposition conçue avec la réalisatrice.

Moodboards, costumes, accessoires, décors : nous plongeons dans les coulisses d’un univers qui a profondément dépoussiéré l’image de la dernière reine de France. Chez Coppola, Marie-Antoinette quitte son piédestal pour devenir une jeune femme qui s’ennuie et se cherche. Et Versailles délaisse un instant les ors du pouvoir pour révéler quelque chose de plus intime et sensible.

Notre coup de foudre ? Voir une vision créative boucler la boucle. Celle qui, en 2006, réinterprétait Versailles avec les codes de son époque revient aujourd’hui s’exposer dans ses murs. La preuve qu’une esthétique forte peut traverser vingt ans sans prendre une ride.

📍 Petit Trianon, Château de Versailles

- Il s’en est passé des choses -

On ne pourra vraiment plus rien dire  💬

Image tirée du film Begin Again © Landmark Media, LANDMARK MEDIA / Alamy / AbacaImage tirée du film Begin Again © Landmark Media, LANDMARK MEDIA / Alamy / Abaca

Nous parlons de moins en moins. Une étude publiée dans Perspectives on Psychological Science, relayée cet été par The Atlantic, estime que le nombre moyen de mots prononcés quotidiennement serait passé de 16 632 en 2005 à 11 900 en 2019, soit une baisse de 28 %. Et chez les moins de 25 ans, le silence gagnerait encore plus vite du terrain, avec 451 mots prononcés en moins chaque année en moyenne. Une tendance qui raconte aussi nos nouveaux modes de vie : commandes sur appli, caisses automatiques, écouteurs vissés aux oreilles, check-in sans réception… autant de micro-conversations peu à peu rayées de nos journées. À l’heure où le silence devient même une tendance bien-être (silent walking, retraites spirituelles ou « hushpitality »), The Guardian pose la question : à force de vouloir « protéger notre paix », ne risquons-nous pas surtout de perdre l’habitude de nous parler ?

À la recherche des mots purgés par Donald Trump 📄

The New York TimesThe New York Times

Des Femme, diversité, climat, handicap, racisme, LGBTQ… Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, certains mots se font de plus en plus discrets dans les documents et sites de l’administration fédérale américaine. En mars 2025, The New York Times en recensait près de 200, tantôt supprimés de pages publiques, tantôt déconseillés ou utilisés pour signaler des projets à examiner, sans qu’aucune liste officielle de « mots interdits » n’existe. Dans son livre D’abord ils sont venus chercher les mots, la chercheuse Cécile Alduy y voit une véritable bataille culturelle : faire disparaître un mot, c’est aussi rendre plus difficile la manière de penser et débattre de la réalité qu’il désigne. 

Arsenal écrit sa légende 🔴⚪️

It's Nice ThatIt's Nice That

Après plus de quatre ans de travail, Arsenal dévoile Rocastle, une typographie gothique dessinée sur mesure par le designer David Rudnick. Nourrie par les archives graphiques du club (anciens écussons, billets, programmes, souvenirs de supporters), elle puise dans plus d’un siècle d’histoire pour inventer une écriture résolument contemporaine. Son nom rend hommage à David « Rocky » Rocastle, joueur emblématique d’Arsenal, et elle a été pensée pour les rencontres du club avec la mode, l’art et la musique. Une manière de rappeler qu’un club de football ne se reconnaît pas seulement à son maillot ou à son blason : il peut aussi avoir sa propre voix, jusque dans la forme de ses lettres.

NAMIBIE - Sur le bout de la langue

Les derniers articles publiés

Sur le bout de la langue S03·E04

par   ⋅  06/07/2026 6 min

On parle de cyberdecks, du rôle des namers, d’AI psychosis, de snail mail clubs, de lettres non expédiées et de sportainment.

Sur le bout de la langue S03·E03

par   ⋅  04/06/2026 5 min

On parle d’interdiction de la publicité pour la viande, de neurocosmétique, de malibou, de livres, des nouveaux mots dans le dico et de Pinterest.

Sur le bout de la langue S03·E02

par   ⋅  23/04/2026 3 min

On parle de ChatGPT Santé, de Nan Goldin, de label « human-written », du rebranding d’Annette, de « chalant-dating » et de la morale de nos compatriotes.

Sur le bout de la langue S03·E01

par   ⋅  05/02/2026 4 min

On parle de colonies de vacances, de Matthew McConaughey, d’Eukleed, de tendances naming 2026, de mort, de lien parasocial et d’illustrations.

Sur le bout de la langue S02·E16

par   ⋅  18/12/2025 3 min

On parle d’Huwise, de typographies wokistes, de développement personnel, de dépendance émotionnelle à Chat GPT et du terme de l’année qui n’est pas « ballerina cappuccina ».

Sur le bout de la langue S02·E15

par   ⋅  27/11/2025 3 min

On parle de slop, de sororité, de timbres et des nouvelles couleurs de Namibie.

Sur le bout de la langue S02·E14

par   ⋅  19/06/2025 4 min

On parle de France, de Ⓓ, de Ubbak, de cyber-harcèlement et de boule de cristal...

Sur le bout de la langue S02·E13

par   ⋅  15/05/2025 3 min

On parle de disco, d'OQTF, de librairie émotionnelle, de tableautier et du Louvre

Sur le bout de la langue S02·E12

par   ⋅  27/03/2025 2 min

On parle d'appareil à poèmes, de librairie, de Heetch, de naming & de Mommyphone...